LOI RELATIVE A LA FORMATION PROFESSIONNELLE

TOUT AU LONG DE LA VIE ET AU DIALOGUE SOCIAL

 

 

 

1.       LES ELEMENTS DE DIAGNOSTIC PREALABLES A LA REFORME

2.       LES AXES CLES DE LA REFORME

3.       L'ENGAGEMENT DE L'ÉTAT

4.       UNE REFORME QUI PRENDRA CORPS PROGRESSIVEMENT

 

 

La loi relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social a été promulguée le 04 mai 2004. Elle vise à réformer en profondeur le système de formation professionnelle français qui repose, à l’heure actuelle, sur l’accord interprofessionnel du 9 juillet 1970 et sur la loi du 16 juillet 1971.

 

Notre système de formation professionnelle a permis des avancées essentielles en matière de dynamique économique et de progrès social par la formation continue des hommes et des femmes et le développement de leurs compétences.

 

La France consacre chaque année environ 22 milliards d’euros à la formation professionnelle continue et à l’apprentissage, représentant 1,55 % du PIB. Cet investissement est réparti entre les principaux financeurs : 12,9 Md€ pour les employeurs publics et privés pour la formation de leurs salariés, 4,8 Md€ pour l'État et 2,1 Md€ pour les Régions pour la formation des publics dont ils ont la responsabilité, 1,6 Md€ pour les autres administrations et l'Unédic, le reste étant pris en charge par les ménages eux-mêmes. Un tel niveau de dépenses représente une espérance de formation de plus de 1000 heures par personne sur la durée de sa vie professionnelle.

 

 

LES ELEMENTS DE DIAGNOSTIC PREALABLES A LA REFORME

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Les travaux réalisés ces dernières années ont conduit à dresser un diagnostic, largement partagé par l’ensemble des acteurs, du fonctionnement de notre système de formation. Ce diagnostic montre qu’il souffre de certains dysfonctionnements.

 

L’accès à la formation continue demeure inégal. Bien souvent, le projet de se former est le propre des personnes déjà formées ou de celles qui travaillent dans les grandes organisations. Les écarts dans la capacité à accéder à la formation sont considérables selon la taille de l’entreprise, le niveau de formation de la personne ou sa situation professionnelle

La formation continue n’est pas devenue un moyen crédible d’acquérir une qualification de manière alternative à la formation initiale. Elle apparaît le plus souvent comme le moyen de maintenir ses compétences en fonction des besoins de l’entreprise et chacun ressent qu’il n’y aurait qu’une seule vraie chance et que celle-ci se joue avant 25 ans.

Le système de formation, enfin, apparaît cloisonné, peu lisible et complexe. De fait, il organise la formation en fonction du statut des personnes à un moment donné de leur vie et conduit à un partage de compétences entre les institutions responsables plutôt qu’à l’exercice d’une compétence partagée.

 

De ce fait, ce système de formation n’est pas en mesure de répondre aux enjeux de la formation tout au long de la vie et aux attentes de l’économie en matière d’élévation du niveau de qualification des ressources en main-d’œuvre, indispensable à la croissance du pays et aux capacités de mutations des entreprises. Le système de formation est en outre interrogé par les débats ouverts par la décentralisation de la formation professionnelle. Il doit répondre enfin au développement de la mobilité professionnelle et de la transparence des qualifications qui découlent notamment de l’ouverture des frontières européennes et à la mise en œuvre des stratégies coordonnées pour l’emploi et les systèmes éducatifs.

 

La préoccupation de meilleurs parcours professionnels, avec des ruptures anticipées ou, quand elles ne peuvent pas être évitées, un retour rapide à l’emploi, doit se traduire par des évolutions adaptées de notre système de formation. Les trajectoires professionnelles des personnes doivent être « sécurisées », de façon à ce que la mobilité, aujourd’hui nécessaire dans le contexte de mutations économiques inévitables et de bouleversements démographiques, puisse être conduite le plus souvent de façon positive, choisie par les personnes et profitable pour les entreprises.

 

Il faut, par conséquent, susciter l’engagement dans la formation des nombreuses personnes qui pensent que les cartes sont jouées au sortir de l'école. Cet engagement dans la formation est lié à la capacité à clarifier pour chacun ses droits et ses devoirs en matière de formation et à développer des dispositifs d’information et d’orientation adaptés. Mais il est lié surtout au renforcement de l’articulation entre l’évolution professionnelle et la formation professionnelle, en permettant à chacun de mesurer l’impact sur sa situation de l’effort consenti et partagé en matière de formation.

 

 

LES AXES CLES DE LA REFORME

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La réforme du système de formation professionnelle ne peut réussir que si elle s’appuie sur l’adhésion des acteurs sociaux et économiques. C’est pourquoi le Gouvernement a souhaité, en premier lieu, prendre en compte les résultats de la négociation collective, traduite dans l’accord national interprofessionnel du 20 septembre 2003, signé unanimement par l’ensemble des organisations représentatives.

 

Cet accord crée deux dispositifs nouveaux d’accès à la formation pour les salariés

La création d’un droit individuel à la formation de 20 heures par an, cumulables sur 6 ans. Ce nouveau droit est mis en œuvre à l’initiative du salarié, avec l’accord de l’employeur sur le choix de la formation. En cas de désaccord persistant, le salarié bénéficie d’une priorité d’accès au congé individuel de formation. La formation se déroule en dehors du temps de travail sauf si un accord de branche prévoit qu’elle puisse se dérouler sur le temps de travail. Si la formation est réalisée en dehors du temps de travail, elle donne lieu au versement par l’employeur, en sus des frais de formation, d’une allocation de formation égale à 50 % du salaire. Les droits capitalisés par le salarié restent acquis en cas de licenciement.

 

La mise en place d'une période de professionnalisation pour permettre d’acquérir une qualification ou de participer à une action de professionnalisation à travers une formation en alternance. Elle est ouverte à certaines catégories de salariés, et notamment les salariés dont la qualification est inadaptée à l’évolution des technologies et les salariés en deuxième partie de carrière. Elle est mise en œuvre, soit à l’initiative du salarié, soit à l’initiative de l’employeur.

 

Par ailleurs, l’accord fusionne les différents contrats de formation en alternance (contrat d’orientation, contrat d’adaptation, contrat de qualification) en un outil unique, le contrat de professionnalisation, ouvert à tous, jeunes cherchant à s’insérer dans la vie active et adultes demandeurs d’emploi. Ce contrat propose un parcours alterné avec un objectif de qualification composé d’un contrat de travail d’une durée de 6 à 12 mois minimum pour un emploi en relation avec la qualification recherchée et une formation d’une durée de 15 % minimum du contrat, avec un plancher de 150 heures. Ces minima peuvent être relevés par la branche pour certaines formations et pour certains publics.

 

Les dispositifs actuels d’accès à la formation pour les salariés sont maintenus.

Le plan de formation distingue trois catégories d’actions de formation différentes, entraînant pour chacune d’elles des conséquences sur les modalités de mise en œuvre :

- des actions d’adaptation au poste de travail qui constituent un temps de travail effectif,

- des actions liées à l’évolution des emplois ou participant au maintien dans l’emploi, qui ne s’imputent pas sur le contingent d’heures supplémentaires dans la limite de 50 heures par an,

- des actions de développement des compétences qui peuvent se dérouler en dehors du temps de travail dans la limite de 80 heures par an.

 

Le dispositif actuel du congé individuel de formation est maintenu. Il est offert au salarié la possibilité de bénéficier d’actions d’accompagnement et de conseil pour construire son projet professionnel et rechercher les moyens les mieux adaptés pour le mettre en œuvre. Le capital de temps formation est supprimé et, donc, les moyens du congé individuel de formation sont accrus.

Le nouveau système de formation professionnelle s’appuie sur le renforcement à tous les niveaux du dialogue social.

 

Au niveau de la branche. La branche professionnelle est amenée notamment à énoncer les priorités qui doivent être recherchées dans le DIF ainsi que les objectifs de professionnalisation des actions proposées aux salariés. Pour conduire ses politiques, elle peut s’appuyer sur une fongibilité renforcée des fonds mutualisés et sur les données de l’observatoire des métiers et des qualifications qu’elle doit mettre en place.

 

Au niveau de l’entreprise. La définition des différentes catégories d’action entrant dans le plan de formation s’appuie sur la consultation du comité d’entreprise. Par ailleurs, l’engagement financier de l’entreprise est accru. Ainsi pour les entreprises de plus de 10 salariés, la participation au développement de la formation continue de 1,5 % de la masse salariale sera relevée à 1,6 %, et pour les entreprises de moins de 10 salariés, de 0,25 % à 0,55 %. Cet effort porte sur la partie mutualisée des dépenses.

 

Au niveau de l’individu et de l’employeur. Les conditions de déroulement de la formation procèdent d’une négociation entre l’employeur et le salarié. Sous certaines conditions, les actions du plan de formation, du DIF et des périodes de professionnalisation peuvent se dérouler en dehors du temps de travail. Lorsque la formation se déroule en dehors du temps de travail, elle donne lieu au versement d’une allocation formation et à la formalisation par écrit des engagements de l’employeur sur la prise en compte des acquis de formation.

 

 

L'ENGAGEMENT DE L'ÉTAT

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Le projet de loi s’inspire des dispositions retenues par les partenaires sociaux dans le cadre de la négociation collective. Toutefois, elle y apporte des compléments significatifs que le Gouvernement a jugé nécessaire d’introduire.

L’affirmation d’un droit à la formation qualifiante différée ;

L’appui apporté au développement de la formation en dehors du temps de travail par le non-assujettissement de l’allocation formation aux cotisations sociales ;

Le soutien aux contrats de professionnalisation par l’exonération des charges sociales pendant ces contrats, pour les jeunes de moins de 26 ans et les adultes de plus de 45 ans ;

L’aide au remplacement du salarié parti en formation pour faciliter le développement de la formation dans les petites et moyennes entreprises ;

La simplification du système de péréquation pour renforcer l’efficacité des fonds mutualisés.

 

L’action de l’État, comme celle des régions, s’articulera à celle des partenaires sociaux pour veiller à rendre équitable l’équilibre entre l’effort que la personne est prête à consentir pour la réalisation d’une action de formation et le bénéfice qu’elle espère en dégager, et ainsi pour amener le maximum de personnes à s’intéresser au développement de leur qualification tout au long de leur carrière professionnelle.

 

De la sorte, cette réforme participe à la réalisation de l’espace européen de formation tout au long de la vie souhaité à la fois par les Gouvernements, dans la résolution adoptée en 2002 à Séville et par les partenaires sociaux (CES, UNICE, CEEP)* dans le « cadre d’actions pour le développement des compétences et des qualifications tout au long de la vie », adopté cette même année.

 

 

UNE REFORME QUI PRENDRA CORPS PROGRESSIVEMENT

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Le projet de loi, comme d’ailleurs l’accord des partenaires sociaux, entreront en vigueur dès l’année 2004. Ils prévoient les outils pour suivre la mise en œuvre. Les partenaires sociaux feront le bilan de la mise du droit individuel fin 2006 et celui de la mise en œuvre générale de l'accord fin 2008.

 

Il conviendra alors de vérifier que les dispositifs mis en œuvre ont permis de répondre aux trois grandes questions posées par le diagnostic, celles de l’égalité d’accès à la formation, de la dimension qualifiante et de la lisibilité du système.

 

 

* CES (Confédération européenne des syndicats)UNICE (Union des Confédérations de l'industrie et des employeurs d'Europe)

CEEP (Centre européen des entreprises à participation publique et des entreprises d'intérêt économique général)